Le bois-énergie c’est quoi ?
La biomasse ou “bois-énergie” est une forme d’énergie dite renouvelable produite en brûlant du bois (bûches, copeaux, granulés, etc.) pour générer de la chaleur ou de l’électricité. Il est souvent présenté comme une alternative « verte » aux énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon), car le CO₂ libéré lors de sa combustion est en théorie compensé par celui absorbé par les arbres pendant leur croissance.
?
La Centrale de Gardanne : un cas concret
La centrale biomasse de Provence (à Gardanne- Meyreuil, dans les Bouches-du-Rhône) est la plus grande centrale biomasse de France avec une puissance de 150 mégawatts. À l’origine, cette Centrale fonctionnait au charbon, mais elle a été convertie en biomasse pour brûler principalement du bois.
Remise en route en 2025, selon les objectifs déclarés de Gazelenergie d’atteindre 6% de la demande d’électricité pour la région PACA, en tournant 4000H par an maximum et en brûlant 450 000 tonnes de bois (source, source). Le bois combustible sera “prélevé » dans des forêts “locales” ( rayon de 250 km autour de la Centrale) avec une partie importée depuis l’Espagne et l’Italie, (pour compenser les apports actuels du Brésil qui ne seront bientôt plus autorisés).
En considérant l’ensemble du système énergétique, les alternatives existantes et ce, dans un contexte de tension croissante sur la ressource en bois, la pertinence de ce type de conversion [de charbon a biomasse, ndlr] semble réellement devoir être interrogée au regard des volumes de bois consommés.
https://www.carbone4.com/analyse-faq-bioenergie-climat

Les enjeux et controverses
Une ressource non renouvelable si mal gérée
La biomasse est souvent présentée comme une énergie renouvelable, mais cela n’est vrai que si le bois provient de forêts gérées durablement, et si la chaleur provoquée est récupérée par un système de cogénération, non présent dans cette centrale.
En réalité, lorsque le bois est prélevé dans des forêts vivantes uniquement pour être brûlé, la ressource n’est pas renouvelable à court terme, et l’impact sur la biodiversité, vie du sol, érosion est catastrophique. Une forêt met des décennies, voire des siècles, à se reconstituer. Brûler du bois issu de coupes massives, c’est puiser dans un capital naturel qui ne se régénère pas assez vite, et pour des usages moins vitaux (la forêt rend gratuitement des services écologiques irremplaçables). Le taux de croissance présenté dans leur étude d’impact est aussi largement surestimé.
L’intensité est également inférieure à celle d’une centrale de production fonctionnant au gaz (de 45 % environ) mais elle est néanmoins quatre fois supérieure au facteur moyen de l’électricité produite en France métropolitaine et très largement supérieure aux émissions des filières photovoltaïques, éoliennes ou nucléaires (respectivement d’un facteur de huit, de 23 et très largement supérieure aux émissions des filières photovoltaïques, éoliennes ou nucléaires)
Avis délibéré de l’Autorité environnementale
sur la centrale biomasse de Provence à
Meyreuil et Gardanne (13) 2024
Un bilan carbone catastrophique
Un arbre absorbe du CO₂ tout au long de sa vie, mais dès qu’il est coupé et brûlé, tout ce carbone est relâché dans l’atmosphère. Le bois retiré à la forêt provoque aussi une perte de matière carbonnée, et ralentit donc la production d’humus. La combustion du bois émet non seulement du CO₂, mais aussi des particules fines, dangereuses pour la santé. Les études montrent même que, à grande échelle, la biomasse peut être plus polluante que le charbon.
500 scientifiques alertent sur le bois énergie (en francais, original ici)
Un recours au charbon pour démarrer la combustion
Ironie du sort : pour allumer les centrales biomasse, on utilise un « lit fluidisé » composé de charbon. Ainsi, même avant de brûler du bois, ces centrales dépendent d’une énergie fossile, ce qui aggrave encore leur impact environnemental.
Des forêts sacrifiées pour une énergie peu efficace
Pour alimenter une centrale biomasse de la taille de celle de Provence, il faut des coupes massives de bois, menaçant des écosystèmes entiers. Ces forêts, qui pourraient stocker du carbone et préserver la biodiversité, sont transformées en combustible pour une énergie peu rentable et à faible rendement.
Des alternatives existent
Plutôt que de brûler du bois à grande échelle, pourquoi ne pas investir dans l’isolation des bâtiments, le solaire ou l’éolien ? Ces solutions sont non seulement plus durables, mais aussi plus efficaces pour réduire nos émissions de CO₂.
Avec un rendement de combustion de 34% en 2018, et de 14% en 2019, brûler du bois pour se chauffer directement avec un rendement de 70 à 95% selon les types de poêles à bois ou chaudières est bien plus pertinent et écologique.
Les Alertes des ONGs et associations
L’ONG Canopée Forêts Vivantes a mené plusieurs études et enquêtes sur l’impact des centrales biomasse en France. Leurs travaux révèlent que :
- La demande en bois-énergie encourage des coupes intensives, au détriment de la biodiversité et de la santé des forêts. Au nom de la biomasse, des forêts entières sont détruites ( coupes rases et désouchage ) puis après plantations de résineux, transformées ainsi en plantations monoculture à croissance rapide, moins résistantes aux changements climatiques et surtout très pauvres en biodiversité.
- Les promesses de « neutralité carbone » sont totalement fausses: Brûler du bois libère immédiatement du CO₂, alors que les nouveaux arbres mettent des décennies à absorber cette quantité. Pendant ce laps de temps, l’effet sur le climat est négatif.
- Les forêts locales sont menacées : Canopée alerte sur le fait que des complexes industriels comme celui de Gardanne puisent dans les ressources forestières régionales, mettant en péril des écosystèmes fragiles et les usages traditionnels (charpente et bois d’oeuvre, tourisme, chasse, cueillette, chauffage domestique etc.).
Pour en savoir plus, consultez leurs rapports et analyses sur le site de Canopée Forêts Vivantes.
Pour aller plus loin
Enquête publique de Christian Marée
« Je m’oppose fermement à la mise en exploitation de cette centrale »
Analyse de Canopée
Gardanne : une centrale “verte” qui aggrave le dérèglement climatique
Dossier FNE Paca
EP Gardanne – Premiers retours des associations de défense de l’environnement : une étude d’impact encore insuffisante !

